De VICTOR DE LAPRADE
(1812/1883)
(Extrait)
Hier on cueillait à l'arbre une dernière
pêche,
Et ce matin, voici, dans l'aube épaisse et
fraîche,
L'automne qui blanchit sur les coteaux
voisins.
Un fin givre a ridé la pourpre des raisins.
Là-bas, voyez-vous poindre, au bout de la
montée,
Les ceps aux feuilles d'or, dans la brume argentée
,
L'horizon s'éclaircit en de vagues
rougeurs.
Et le soleil levant conduit les
vendangeurs.
Avec des cris joyeux, ils entrent dans la vigne
;
Chacun, dans le sillon que le maître
désigne,
Serpe en main, sous le cep a posé son
panier.
Honte à qui res-te en route et finit le dernier
!
Les rires, les clameurs stimulent sa paresse
!
Aussi, comme chacun dans sa gaîté se presse
!
Presque au milieu du champ, déjà brille,
là-bas,
Plus d'un rouge corsage entre les échalas :
Voici qu'un lièvre part, on a vu ses oreilles
;
La grive au cri perçant fuit et rase les
treilles.
Malgré les rires fous, les chants à pleine
voix.
Tout panier est déjà vidé plus d'une fois.
Et bien des chars ployant sous l'heureuse
vendange.
Escortés des enfants, sont partis pour la
grange.
Au pas lent des taureaux les voilà revenus.
Rapportant tout l'essaim des marmots aux pieds
nus
On descend, et la troupe a grand bruit
s'éparpille.
Va des chars aux paniers, revient, saute et
grappille,
Près des ceps oubliés se livre des combats.
Qu'il est doux de les voir, si vifs dans leurs
ébats.
Préludant par des pleurs à de folles
risées.
Tout empourprés du jus des grappes écrasées
!
(oeuvres
poétiques)
02/10.2011
(je trouve ce texte à propos avec la
période)